Je suis multiple.

Qui ai-je été ces six derniers mois ? Qui suis-je aujourd’hui ?

Je suis payculteur.

J’ai achevé ma formation de payculteur chez Fermes d’Avenir le 10 février dernier. Finalement, les 12 semaines de formation (étalées sur 5 mois) auront été si intenses que je me suis senti parfois comme un entonnoir par lequel se seraient engouffrés des hectolitres de savoir (c’est dégueulasse !). J’ai frisé la saturation, mais je suis toujours là, riche de tout ce que cela m’a apporté en connaissances du monde agricole, de la permaculture, et en rencontres de tous bords. Je ne suis pas plus agriculteur professionnel que je ne l’étais avant la formation, mais j’ai enfin des bases solides d’appréhension de ce monde encore nouveau pour moi.

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Premièrement cela m’a permis d’initier le projet vivrier de forêt comestible de TERA (dont j’ai raconté les premières étapes ici et ici, chez les amis de Permaculture Design).

Deuxièmement, dans mon expérience, ce qui est appris n’est jamais perdu, et saura toujours se manifester au moment le plus opportun. Peu importe que je devienne cultivateur, formateur en permaculture, ou que j’enchaîne sur 10 ans de jonglage dans une troupe de cirque, cette expérience aura forcément un impact sur le reste de mon existence.

De la même manière que mes animations professionnelles auprès de grandes entreprises depuis des années m’ont nourri dans l’animation de parties du jeu du Tao (voir ci-dessous) ; de la même manière que les conseils reçus dans mon adolescence commencent à prendre sens ; de la même manière que des choix qui semblaient anodins il y a 20 ans déploient toutes leurs répercussions en ce moment, je laisse à la vie le loisir de me surprendre.

Ces six mois de formation se diffusent en moi aujourd’hui comme des graines au vent. C’est une bonne image pour celui qui vient à la Terre, et qui lâche prise sur son désir de contrôle.

Je suis permaculteur.

Au-delà des détails techniques de la forêt comestible de TERA, que vous pourrez retrouver dans les articles déjà parus (et à venir) que je publie sur Permaculture Design, cette expérience me (re ?)met de plain-pied dans la pratique de la permaculture.

Le moins que je peux dire, c’est que je me sens aussi humble aujourd’hui que l’an dernier face à l’ampleur de la tâche. Aussi humble, si ce n’est plus, maintenant que j’ai le CCP en poche et que les imbrications de la permaculture m’apparaissent dans un degré de complexité encore supérieur.

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La forêt comestible pousse.

D’un côté c’est très bien, parce que j’ai toute la vie pour la pratiquer maintenant.

De l’autre, je me suis posé la question de savoir si ça avait du sens de déployer ça à TERA, alors qu’au final, rien ne dit que dans quelque temps je ne volerai pas vers d’autres horizons. Je plante des arbres, pas des laitues qui seront récoltées dans quelques mois. Les fruits (littéralement) de ce travail n’apparaîtront que dans plusieurs années.

J’ai trouvé ma paix avec ça. Premièrement parce que planter des arbres nourrit mon âme, et peu importe ce qui me reviendra ou ne me reviendra pas de façon matérielle. Deuxièmement, parce que cette expérience est une formidable formation libre de botanique et de permaculture, dont je choisis les heures, le contenu des cours, et même les camarades de classe. Troisièmement parce que c’est ma petite pierre pour nourrir l’Humanité au-delà de moi, pour prendre soin du vivant au-delà de moi.

Au niveau du design permaculturel global de la ferme de Lartel, Chaabi, qui prend maintenant la pleine charge du maraîchage, a plus de bouteille que moi, et sait où il va. Je discute peu ses orientations en ce moment (ça lui fait des vacances, je pense). Je mesure plus que jamais la grandeur de la tâche, et j’ai beaucoup limité mes ambitions de design pour le moment. J’essaie simplement de questionner mes décisions et celles de l’association sur l’aménagement du terrain, pour ne pas le regretter plus tard et laisser ouvert au maximum le champ des possibles.

Paradoxalement, je me sens de plus en plus permaculteur dans l’âme. J’ai simplement besoin de redimensionner ma zone de travail, compte tenu de mon expérience et de mon besoin « que les choses soient bien faites ». Aller lentement, faire petit, soigneusement, avec douceur, et avec joie, à mon rythme, dans un espace délimité et souverain. Pas évident dans le bouillonnement de TERA, mais c’est ma responsabilité de rester centré sur cet axe authentique pour moi.

Je suis animateur du jeu du Tao.

En trois mots pour ceux qui ne connaissent pas : le jeu du Tao est un jeu coopératif dont le but est d’aider les autres joueurs à réaliser la quête (personnelle ou collective) qu’ils auront choisie au début de la partie. C’est un outil absolument magique, qu’il soit utilisé pour un cheminement personnel, ou pour une problématique émergeant dans un contexte collectif (associatif, entreprenarial, et même politique).

Je joue au jeu du Tao depuis que je suis à TERA. J’anime des parties depuis septembre 2016, après une première formation par Patrice Levallois, grand amateur de chaos et co-créateur de ce bel outil (et des Minikeums… si, si).

 

Chat échaudé craint l’eau froide. Suite à une partie trop dure à gérer en décembre (qui au final m’a permis de connaître mes limites), je n’ai pas animé une seule partie jusqu’à fin mai. Malgré ça, j’ai continué à jouer de temps en temps, notamment à TERA fin janvier où nous avons utilisé le jeu pour faire (ré)émerger une vision collective.

Et puis la vie a envoyé des signaux que j’ai choisis d’écouter. Avec Olivier (de TERA), nous sommes allés animer des parties il y a quelques jours à peine, dans deux lieux : le Hameau des Âges, en Corrèze, et Habite ta Terre (dont j’ai déjà abondamment parlé ailleurs). Angoissé à mort, j’ai brisé le mur de peur qui s’était dressé entre moi et l’animation. À coups de tête. Et j’ai bien fait. Passées les sueurs froides des premières minutes, ma présence est revenue, ma concentration, mon écoute. J’ai pu me rendre pleinement disponible pour les belles personnes que j’avais en face de moi, et goûter à nouveau à cette qualité de communication qui fait vibrer mon âme lors des parties.

J’ai l’intuition que l’animation du jeu du Tao et bientôt d’autres outils d’intelligence collective, auprès des individus et des associations, est logiquement en train de devenir l’un des piliers de ma résilience. Aider les autres, c’est s’aider soi-même (et vice versa).

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Le plateau de jeu (crédit photo : Inimaginable Tao)

Je suis au RSA.

Voilà. Ça répond à la question des gens qui se demandaient « mais de quoi il vit celui-là ? ». Depuis un mois, du RSA (et de quelques piges de boulot rémunéré, qui transforment et abaissent le RSA en prime d’activité quand ça arrive). Avant, de mes économies.

Mes économies sont à bout, j’ai donc fait valoir mes droits et obtenu le RSA (que j’aurais pu avoir bien plus tôt). Ça me confronte à la peur de l’indigence matérielle, qui n’est qu’une illusion de plus parmi toutes les peurs encore enfilées comme des perles noires autour de mon cou.

C’est très bien comme ça. C’est un moment de transition, pas une vocation. J’ai des activités économiques dans les cartons qui émergeront en temps voulu (parce que les activités non rémunérées, ce n’est pas ça qui me manque en ce moment).

Et puis, pour une fois, je peux sincèrement remercier l’État français pour quelque chose, et ça, eh, c’est trop rare pour ne pas en profiter.

Mais comme l’état, c’est vous (et c’est moi aussi, puisque j’ai cotisé et que je cotiserai encore), du coup, merci, vous (et moi). Ça nous relie. C’est beau.

 Je suis en relation avec autrui

En janvier, j’ai fait l’expérience du cercle restauratif, qui est un outil que je souhaite bientôt manier en tant que facilitateur. Un cercle restauratif a pour but (comme son nom l’indique) de restaurer une relation entre deux personnes (plus de détails ici).

Ce cercle, que j’ai initié avec Fred (cofondateur de TERA), fut un spectacle de ce que l’humain peut avoir de plus absurde, et de plus beau. Il m’a encore un peu plus renforcé dans l’idée que 80% de tous nos conflits et de nos souffrances relationnelles sont dus à de purs malentendus. Les 20% de besoins contradictoires réels sont nettement plus gérables une fois que la lumière est faite sur ces 80% de néant qui semble occuper presque tout notre champ de conscience relationnelle.

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Les malentendus nous emmènent trop loin.

Lors du cercle restauratif, nous passons le plus clair de notre temps à reformuler ce que dit l’autre, pour amener la compréhension mutuelle.

Je ne vais pas étaler ici tout ce qui s’est passé dans ce cercle, mais voici un exemple de folie interprétative (en l’occurrence, la mienne) très humaine et quelque part très drôle en plus d’être tragique. Fred venait d’achever un moment d’expression dans lequel il avait dit (entre autres) :

FRED : […] Les tâches vitales du projet TERA, on doit les porter. Si à un moment quelqu’un est trop fatigué pour porter sa part, il sera remplacé, c’est pas grave, c’est la vie. […]

JULES (le facilitateur) : Grégor, peux-tu nous dire ce que tu as entendu ?

GREGOR : […] Et j’ai entendu que pour toi, il faut porter ces tâches. Si à un moment quelqu’un est trop fatigué pour porter sa part, il sera remplacé, c’est pas grave, c’est la vie. […]

JULES (se tourne vers Fred) : Fred, c’est bien ça que tu as voulu dire ?

FRED : oui, tout à fait.

* On s’apprête à passer à la suite, quand Chaabi, invité au cercle, intervient *

CHAABI (en fronçant les sourcils) : Attendez attendez… j’ai un doute là. Grégor, est-ce que tu peux reformuler avec d’autres mots ce que tu as entendu à propos du fait de devoir porter les tâches et d’être remplacé ?

GREGOR : Ben j’ai entendu « marche ou crève ». Si je suis trop épuisé par les tâches que m’impose le projet, tant pis, je serai remplacé par du sang neuf, c’est la vie, et moi je peux quitter le projet, aller crever dans le fossé, c’est OK.

* Autour du cercle, Chaabi prend son petit air entendu de « Je m’en doutais », et Fred a des yeux ronds comme des soucoupes. *

FRED (sidéré) : Hein ?! Ah mais non !!! Moi j’ai dit que si quelqu’un est fatigué, on va l’aider, on va le soulager de son fardeau pour qu’il puisse se sentir mieux !!

Voilà une belle illustration dans les relations humaines, du vent que l’on prend pour un mur. C’est aussi l’illustration que les mots ne suffisent parfois pas à apporter la clarté. J’ai utilisé les mêmes mots que Fred dans ma première reformulation, mais le sens de ma phrase était l’inverse de sa propre intention.

L’avantage d’être à TERA dans ma vie aujourd’hui, c’est aussi d’expérimenter avec tous les outils qui nous permettent de passer outre les interprétations abusives, de passer outre les procès d’intention et les suppositions. Ça demande du temps et de l’énergie, mais c’est extrêmement précieux. Concrètement, sans ce cercle restauratif, je pense que j’aurais pris la décision de quitter le projet il y a quelques mois, et avec de la rancœur. Les répercussions sont majeures.

À côté de cet épisode, l’hiver et le printemps ont été riches au niveau relationnel.

Premièrement parce que nous nous sommes retrouvés enfermés entre permanents de TERA à plusieurs reprises au cours de l’hiver, pour définir une vision commune. Via le jeu du tao, la sociocratie, la permaculture humaine, le mandala holistique, etc.

Ce fut dense, parfois au-delà de ce que je pouvais absorber, mais ce fut riche.

Submergé par le boulot de la plantation de la forêt comestible, j’ai commencé à transcender mon incapacité à déléguer (merci Jonathan) et à lâcher prise sur ce qui se passe dans un projet qui me tient à cœur quand je n’y suis pas.

J’ai soigné certaines relations à TERA, et cela m’a fait du bien.

Des amis sont venus me rendre visite, de la famille aussi. C’était chouette.

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Mon pote Guillaume le conquérant, et sa bêche.

Ma relation avec Lisa poursuit sa route, en conscience. Entre deux tempêtes de schémas relationnels, quelques lagons turquoise de présence et d’amour nous rappellent ce que nous sommes vraiment. Créer un « nous » (1+1=3) au milieu de nos tumultes intérieurs et du tumulte extérieur de TERA n’est pas chose facile. C’est en revanche un formidable terrain d’évolution.

Ailleurs, les contacts avec le « non-TERA » ont été limités de janvier à fin mai, trop limités à mon goût. C’est avec une joie profonde que je suis passé ces dernières semaines en Corrèze (Hameau des Âges), en Dordogne (Habite ta Terre), et même sur Paris, où je passe quelques jours pour un boulot et revoir ma famille. L’oxygène que m’apporte le mouvement me dit quelque chose. Derrière toutes mes croyances sur mon besoin de stabilité et de sécurité matérielles, j’ai aujourd’hui besoin de circuler, de connecter les idées et les personnes. D’amener des outils appris quelque part à un autre endroit, où j’apprendrai d’autres choses, que je pourrai apporter à nouveau dans d’autres lieux. Au fil de ma transition, je commence à connaître pas mal de gens sur l’axe Paris/Sud-Ouest. Chaque aller et chaque retour à moto me donne maintenant l’occasion de faire le lombric entre plusieurs écolieux et collectifs, entre des personnes qui ont les mêmes buts mais qui n’y vont pas de la même manière, voire entre des mondes complètement différents. Connecter ces univers, relier ce qui semble dissemblable, faire ce travail d’échange d’un milieu à autre, voilà qui me rend profondément vivant. 

Je suis en relation avec mon homme crapaud-singe intérieur.

La résilience est un processus. Avec des percées qui font du bien. Et des chutes qui font mal. Durant ces derniers mois, j’ai chu. Je me suis relevé. Je me suis re-cassé la gueule. Je me suis relevé. Et ainsi de suite. Dix fois par jour. Tous les jours.

Certains jours ça va. Certains jours, j’en chie vraiment à l’intérieur. C’est le chemin que j’arpente aujourd’hui.

Et puis… il y a une conscience, une présence qui commence à s’installer. Quelque chose qui, quand tout est noir, se fout gentiment de ma tronche. Kenny, mon colocataire cosmique, a quitté TERA et est parti dans un voyage autour du monde. À vélo, sans argent, et sans chambre à air (sérieusement).

Il est parti, mais il m’a laissé le souvenir impérissable de ces moments où il me voyait au fond du trou, sur le canapé du salon, et où il se foutait de moi. Sans pitié, sans méchanceté, sans dénigrement, mais avec l’humour le plus clair, le plus enfantin, le plus limpide et le plus acéré qui soit. Son tranchant fendait le voile d’illusion noir qui flottait entre moi et ma joie naturelle et il était alors impossible de ne pas rire.

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Peut-on réellement rester sérieux face à cet homme ?

Aujourd’hui, quand ça ne va pas, je vois sa tronche de cake apparaître devant moi et exploser d’un rire d’homme crapaud-singe. Et tout va mieux. Petit à petit, je m’approprie cette capacité à rire de moi avec bienveillance, à remettre à sa juste place toute la souffrance que je porte sur mes épaules. Cette responsabilité que j’ai d’incarner la joie au quotidien. Cette décision qui me revient de choisir entre la peur et l’amour, entre l’angoisse et le rire, à chaque instant.

J’ai failli mettre en titre de paragraphe « je suis encore effrayé » ou « je suis encore angoissé ». Mais je commence à avoir un peu trop conscience que je ne suis pas mes émotions pour le formuler de la sorte.

La méditation m’accompagne désormais une, deux, ou trois fois par semaine. C’est simple, et difficile. Mais lors des situations de crise, compter mes respirations peut suffire à faire disparaître la majeure partie de la souffrance en quelques minutes. Je ne peux plus ignorer ça. Je ne peux plus bien longtemps m’abîmer dans la croyance que je suis perdu dans un océan de malheur et que cet océan est très réel. Ce n’est plus tout à fait possible.

Je suis vivant.

En mars, une de mes cousines est morte d’une méningite foudroyante. C’était une jeune femme, rayonnante de joie. Elle avait 22 ans.

Au-delà du drame abominable et injuste, de la douleur de la famille, de ma tristesse, de notre impuissance à y changer quoi que ce soit,  cette tragédie m’a profondément interpellé.

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Je suis vivant.

Il ne s’agit pas de me jeter des briques au visage dans le genre « de quoi te plains-tu avec tes difficultés, tu es vivant ». Ce serait une comparaison totalement stérile (comme toutes les comparaisons avec autrui).

En revanche, ce que cela me rappelle, c’est que la vie est pleine de possibilités en même temps qu’elle est fragile. Qu’on ne peut pas « perdre son temps » à faire ou être des choses qui nous sont agréables. Mais qu’on peut gaspiller son énergie et son temps à vivre pour autre chose que ce que nous sommes, à poursuivre des objectifs qui nous semblent importants mais dont la quête ne nous apporte aucun bonheur.

Je ne serai jamais totalement en contrôle du temps qui m’est imparti sur cette Terre. En revanche, à chaque instant, je peux prendre la décision de vivre ma vie pleinement, sans me soucier des jugements (des miens ou ceux d’autrui), sans me laisser contrôler par la peur des risques matériels et relationnels, par le désir de statut social ou d’argent, par mes exigences ou celles des autres ; sans laisser autre chose que ma présence et ma joie dicter ma conduite.

Je mentirais si je disais que j’y arrive quotidiennement aujourd’hui. Mais ce drame familial m’a remis les yeux en face des trous. La seule chose importante dans la vie, c’est d’être authentique et donc heureux. Le reste, c’est du bruit.

Qui suis-je, quand je ne fais rien ?

Cette question, que j’ai posée au lecteur dans mon article le plus lu sur ce blog, me fait encore peur autant qu’elle me passionne. Peur du vide, peur de la disparition, peur du jugement d’autrui. Conscient que les peurs nous prédisent l’inverse de ce qui va se passer (si on s’autorise à leur désobéir), je les traverse, petit à petit. Je recommence à goûter de petites plages de repos du mental, à contacter la présence que je suis.

 

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Avant de travailler à la forêt-jardin, dix minutes de méditation (photo : ©Guillaume Chevalier)

Dans les commentaires de l’article en question, quelqu’un avait écrit qu’il avait passé les 18 derniers mois de sa vie à regarder les feuilles tomber. C’était sans doute une image un peu exagérée, mais je ressens toute sa puissance et sa nécessité (dans une certaine mesure) dans ma vie aujourd’hui.

Qui suis-je, quand je ne fais rien ? Je ne peux pas encore répondre à cette question de façon claire.

Par contre, comment vais-je quand je ne fais rien ? Comment est-ce que je me sens quand je mets mon esprit au repos ? Que j’arrête de vouloir contrôler la réalité pour obtenir de la sécurité ou combler ce que je crois être mes besoins ? Que j’arrête de réfléchir à ce que je vais devoir faire, mais que je suis en contact avec ce que je suis ? Comment vais-je quand j’écoute ce qui est, là, dans l’instant présent ?

Beaucoup mieux.

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MLTP – Chapitre 2 : retour à la Terre et permaculture (sur buttes ?)

Dans cette seconde partie des « Mythes et légendes de la transition et de la permaculture », j’évoque la question du retour à la Terre et dans un second temps un amalgame fréquent qui est fait autour de la permaculture. Pour lire ou relire le premier article, c’est par ici. 

En préambule cette semaine, une petite mise au point à la fois sur le fond et sur la forme de cette série.

Sur le fond : cette série d’articles n’a pas vocation à vous briser le moral, et c’est bien pour ça que lorsque je pointe une idée reçue ou que je douche un peu certaines ardeurs, je prends toujours le temps ensuite de parler des bonnes nouvelles. Donc j’invite les plus déprimés à aller jusqu’au bout des articles, parce qu’il y a toujours de quoi se réjouir derrière une déception (qui n’est rien de plus que la rencontre merveilleuse entre le rêve et la réalité). Et puis souvenez-vous que ça n’est que ma vision des choses. Ne croyez pas un mot de ce que je vous raconte, mais gardez-le dans un coin votre tête pour nourrir votre propre réflexion. 🙂

Sur la forme : L’activité intense à TERA en ce moment ne me permet pas de traiter tous les sujets avec autant de profondeur que je le souhaiterais tout en gardant un rythme de publication décent. Par conséquent, les articles seront parfois un peu plus concis que d’habitude. En revanche, je continuerai à disséminer des liens un peu partout dans le texte pour ceux qui veulent explorer plus loin.

Et maintenant allons-y, voulez-vous ?

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II) Le Retour à la terre

(ou : « Je suis citadin et je plaque tout du jour au lendemain pour devenir agriculteur en  maraîchage bio non-mécanisé/faire du fromage de chèvre. À moi une vie simple et saine qui a du sens ! » )

 Réponse : Ne faites pas n’importe quoi. 

Le retour à la terre, c’est cool (c’est même permacool), mais c’est pas de la tarte. Ça peut avoir du sens comme ça peut être complètement insensé.

Il y a quelques vraies bonnes questions à se poser quand on veut quitter la ville pour aller vers la ruralité.

Liste non exhaustive :

  • Est-ce que j’ai en général confiance en moi ?
  • Est-ce que j’aime ou est-ce que je supporte bien l’instabilité et l’incertitude ?
  • Est-ce que j’ai un projet bien défini ?
  • Est-ce que je connais un peu la nature (saisons, faune, flore, climats, sols…) ?
  • Est-ce que je connais un peu le monde rural ?
  • Est-ce que je connais un peu le monde agricole ? (si vous vous demandez quelle est la différence avec la question précédente, votre réponse est non)
  • Est-ce que j’ai un lieu dans lequel je préférerais m’installer, et si oui, est-ce que je sais pourquoi (« c’est une belle région » ne suffit pas) ?
  • Est-ce que j’ai un savoir-faire que je vais tout de suite pouvoir utiliser sur place pour gagner ma vie ou assurer mon autonomie ?
  • Est-ce qu’à défaut, j’ai de quoi vivre pour un moment avec mes économies ? Ou est-ce que je peux survivre quelques temps au chômage/RSA ?
  • Est-ce que j’ai de l’argent à investir dans le démarrage d’une activité professionnelle ?
  • Est-ce que je connais des gens dans cet endroit, est-ce que j’y ai de la famille ?
  • Est-ce que je veux vivre près de la terre, ou est-ce que je veux vivre DE la terre (ce qui n’a rien à voir) ?
  • Est-ce qu’il y a un projet collectif pour me soutenir (associatif ou autre) ?
  • Est-ce que je suis prêt à faire plus de 50km de route pour aller voir un film en VO au cinéma (de loin la question la plus importante) ?

Si la majeure partie des réponses c’est « non » ou « je ne sais pas », prenez votre temps.

Je n’ai pas dit : renoncez.

Je dis : prenez votre temps.

La décision coup de tête de partir cultiver des pommes, élever des poules, ou construire des maisons en bois, si vous n’avez rien de tous les éléments soulevés par ces questions, ça peut difficilement déboucher sur une réussite. À titre personnel, je ne peux pas dire que j’ai pris mon temps, et je ne peux pas vous conseiller de faire ce que j’ai fait (même si je ne regrette rien car c’était mon chemin).

Il y a dix huit mois, je pouvais répondre « oui » à seulement quatre de ces questions, et j’en ai bavé, psychologiquement. Aujourd’hui, je peux répondre « oui » ou donner une réponse définie à six ou sept de ces questions, et c’est franchement plus vivable. Encore une ou deux, et je vais rentrer dans le domaine de l’agréable.

Quand on n’a jamais mis les mains dans la terre, ou très peu, et/ou qu’on a toujours vécu en ville, la pente est raide. Avoir une activité liée à la terre est quelque chose d’une rare complexité. Quand on est fils ou fille d’agriculteur, qu’on a grandit là-dedans, c’est une chose. Mais quand on a bossé dans le tertiaire toute sa vie, loin, très loin des campagnes, c’est comme arriver dans un pays étranger. Rien, du langage au paysage, en passant par l’ambiance et les rythmes de vie, n’est familier. On ne peut pas digérer ça en quelques mois. C’est une question d’années, au moins. C’est stimulant à tous les étages, et ça peut vite devenir épuisant pour les nerfs si on aime bien/on a l’habitude d’être en contrôle de son environnement.

Par exemple, se jeter tête baissée dans l’agriculture, c’est dur, d’autant plus si on est Hors Cadre Familial. Des fermes qui ferment (lolilol) au bout de quelques années d’exploitation seulement, il y en a à la pelle. Si le risque 0 n’existe pas, il y a quand même des choses qu’on peut faire pour limiter la casse, et prendre son temps avant de démarrer en fait partie.

 J’ai chargé la barque avec le sous-titre de ce sujet, mais le coup de cultiver des choses en « non-mécanisé » (ben oui, les tracteurs c’est pétrole et compagnie, bouh, pas bien), c’est un sujet complexe où les décisions doivent être prises en conscience et hors de tout manichéisme. Je ferai peut-être un article sur le sujet plus tard, mais pour résumer : si vous voulez avoir une activité économique avec vos cultures, vous pouvez difficilement vous passer d’un minimum de mécanisation, même en maraîchage. Pour reprendre Xavier Mathias : « Le non mécanisé on sait faire : c’est 7 personnes par hectare, 14 heures par jour ». Ça donne envie.

Autre chose : faire partie de la solution, ça ne veut pas forcément dire quitter la ville. Loin de moi l’idée d’essayer de vous convaincre de rester vivre en plein Paris, puisque c’est justement ce que je ne veux plus pour moi aujourd’hui, mais la transition commence à bien s’activer en ville, et mettre tous les habitants des villes à la campagne, ça n’est pas désirable non plus. La Transition, c’est partout, et tout le temps.

Parlons aussi de l’accueil qui est réservé aux citadins dans les campagnes.

Surprise : ça dépend.

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Parfois, vous allez vous heurter à un vrai mur. Le monde rural n’est pas toujours tendre avec les nouveaux venus, et il y aura toujours des gens particulièrement bienveillants pour vous traiter de « fouteur de merde » ou « écolo-bobo », mettre des pancartes contre votre projet, ou vous cracher dans le dos après une poignée de main et un sourire hypocrite au conseil municipal. Et, ça, ce n’est que ce que je vis moi. D’autres ont vécu bien pire, pas très loin de chez nous.

Allez, vite, c’est l’heure de vous remonter le moral (toi là-bas ! Lâche cette corde tout de suite !).

 Les bonnes nouvelles : Déjà, il n’est pas nécessaire de pouvoir répondre par l’affirmative à toutes les questions que j’ai proposées au début. Je dirai même qu’il est nécessaire de ne pas attendre que ça soit le cas pour bouger. Un changement de vie, c’est forcément flippant, c’est forcément inconfortable. Donc allez-y. Mais si tout est flou, allez-y tranquille, pas à pas.

Ensuite, la néoruralité ce n’est par non plus forcément devenir agriculteur, hein. Ici je me prends en exemple. Aujourd’hui, je ne sais pas si je vais m’installer un jour en tant qu’agriculteur. En ce moment, je travaille sur un projet de culture vivrière (j’y reviendrai bientôt dans un article) et je viens de finir ma formation chez Fermes d’Avenir. Mais je ne vais pas forcément devenir exploitant agricole pour autant.

 Si vous voulez vraiment franchir le pas et devenir agriculteur, Il y a plein de possibilités pour se former (BTSA, BPREA, formations finançables par VIVEA…) et votre installation peut se faire en douceur (ETA, contrats CAPE, cotisant solidaire, etc.).

Je parlais du problème de la non-mécanisation plus haut, mais c’est surtout valable pour des projets économiques. Si vous voulez faire de la culture vivrière, c’est différent et c’est jouable de le faire à la main.  Et si en plus c’est communautaire et que tout le monde s’y met, alors là c’est chouette.

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En juin à TERA

 

Autre bonne nouvelle : vous voulez (re)venir à la terre ? Vous n’êtes pas seul. La néoruralité est un mouvement qui est à la fois vieux de quelques décennies, et qui a le vent en poupe en ce moment. Plein de néo-ruraux ont essuyé les plâtres avant vous. Rencontrez-les, le récit de leurs tâtonnements vous aidera psychologiquement. Et pour l’aide technique, tous vos futurs copains ruraux (néo ou pas) sont là.

Je parlais de l’accueil parfois dur qui peut être réservé aux néo-ruraux dans les campagnes, mais l’inverse est tout à fait possible aussi. En nourrissant une attitude humble, ouverte, et en montrant votre envie d’apprendre et de bien faire, beaucoup d’aide peut arriver de façon providentielle. Je ne compte plus les « bons génies » et les « bonnes fées » qui sont passés nous voir à TERA pour tisser des liens, nous orienter vers les bonnes personnes, faire jouer le bouche-à-oreille positif, nous encourager, nous conseiller, nous prêter du matériel, etc. On n’en serait pas là sans eux, c’est une évidence.

Pour finir, si je parle des difficultés que peut comporter une transition vers le milieu rural et/ou agricole, c’est parce que je souhaite qu’on soit de plus en plus nombreux à y entrer en conscience, sans se brûler les ailes.

Parce que c’est chouette, de marcher sur la terre, de respirer autre chose que le gasoil le matin en sortant de chez soi. C’est chouette de regarder pousser la forêt, les légumes, les champs. C’est chouette de réapprendre à vivre avec les saisons, avec la météo. C’est chouette de rencontrer d’autres vagabonds et nomades des chemins de la transition. C’est chouette de rencontrer des gens tellement ancrés dans leur terre qu’il leur sort des rameaux par les oreilles, et des racines par les doigts de pieds. C’est chouette de voir les étoiles la nuit, sans brouillard de pollution. C’est chouette d’avoir un horizon pour voir le soleil se lever et se coucher. C’est chouette de faire travailler son corps. C’est chouette de jouer avec le bois, la pierre, l’eau, la terre, les éléments. C’est chouette de devenir petit à petit un gardien de la nature, et d’emprunter le long chemin de l’autonomie et de la résilience.

Alors, amis enthousiastes, arpentez ce chemin, mais prenez votre temps, et prenez soin de vous.

Passons à la suite.

III) « La permaculture, c’est faire de la culture sur buttes, c’est ça ? »

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La propagation de la permaculture dans les médias ces dernières années a entraîné une inévitable altération de son sens. On peut lire ici et là, que la permaculture est une « technique de jardinage », et on emploie des termes comme « buttes de permaculture ». J’ai même carrément vu la phrase : « La permaculture est une culture sur butte ».

Donnons une réponse claire : 

La permaculture n’est pas une technique de jardinage, et les « buttes de permaculture » ça n’existe pas, quoi que vous puissiez entendre là-dessus.

On peut faire des buttes en permaculture, mais ça ne définit pas la permaculture.

Si je suis banquier et que j’utilise une chaise pour m’asseoir à mon bureau, ça n’en fait pas « une chaise de banquier » et ça ne me permet pas de dire qu’être banquier, « c’est s’asseoir sur une chaise » (encore que…). C’est pareil pour la permaculture. La butte est une technique de culture, et en mettre une en place dans votre jardin ne veut pas dire que vous faites de la permaculture.

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Oh, regardez, un truc totalement PAS « emblématique » de la permaculture.

 

La permaculture, ça n’est pas un ensemble de techniques non plus.

Qu’est-ce que c’est alors ?

On passe directement aux bonnes nouvelles, puisque la permaculture, c’est beaucoup plus large que tout ça.

Je vous renvoie chez Wikipédia, mais je vais tenter une formulation du cœur de la notion :

La permaculture, c’est une approche systémique de conception et d’organisation des territoires, qui s’articule sur trois piliers éthiques : prendre soin de la nature, prendre soin de l’humain, et partager équitablement.

C’est une manière de concevoir un espace avec une vision d’ensemble, où chaque élément a son importance et sa place, où l’on prend soin du milieu naturel tout en générant un ensemble de productions pour l’être humain. C’est applicable en agriculture bien sûr,  ça a été (et c’est encore) son premier domaine d’application. Mais on peut tout à fait concevoir un groupe d’habitations, des bureaux, une zone d’activités, une salle de bain, ou n’importe quoi d’autre, avec cette approche. Il s’agit vraiment de créer un système complexe et résilient, où chaque élément remplit plusieurs fonctions, et où chaque fonction est remplie par plusieurs éléments. Ce système doit s’adapter à son environnement d’accueil dès le départ. En permaculture c’est l’homme qui s’adapte à son milieu, pas l’inverse.

Je vous mets en lien les douze principes de la permaculture, établis par David Holmgren, co-fondateur du mouvement (avec Bill Mollison, décédé en septembre dernier) en Australie dans les années 70.

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À ça, s’ajoutent d’autres principes établis par Bill Mollison. Le design en permaculture quant à lui, peut s’appuyer notamment sur la méthode OBREDIM (Observation-Bordures-Ressources-Evaluation-Design-Implémentaion-Maintenance).

Je ne rentre pas dans les détails. L’objectif ici n’est pas de faire un exposé complet sur la permaculture (beaucoup d’autres le font déjà très bien), mais bien de souligner qu’il s’agit de quelque chose de beaucoup plus large et complexe que de faire des buttes.

J’ai écrit plus haut : « En permaculture c’est l’homme qui s’adapte à son milieu, pas l’inverse. » Revenons à nos buttes avec deux exemples:

1) Si vous avez un sol plutôt stérile, facilement inondable, que vous n’avez pas de problèmes de rongeurs ni de limaces; et que vous avez créé votre butte en allant chercher de la matière organique ailleurs, dans l’optique de surélever vos cultures et d’attendre que la vie du sol se développe dedans avant de semer/planter…. Pourquoi pas. Faire une butte a peut-être du sens dans ce cas-là. Quant à savoir si vous faites de la permaculture ou pas, ça dépend de tout le reste autour.

2) Si vous avez un sol fertile, drainant, qu’il y a des limaces et des campagnols dans le coin (qui iront se planquer dans la butte et sous le paillage), et que vous voulez tout de suite planter quelque chose, faire une butte est la pire idée dans la longue et triste histoire des mauvaises idées. Vous détruisez un sol déjà vivant (en bouleversant les horizons), vous offrez le gîte et le couvert aux ravageurs et vous vous fatiguez énormément alors que vous auriez pu cultiver directement sur une planche plate. Et vous n’êtes certainement pas en train de faire de la permaculture.

Vous avez saisi le principe.

Si l’origine de cet amalgame entre buttes et permaculture vous intéresse, ou si tout simplement, vous voulez approfondir la question, Christophe Gatineau a sorti un excellent article en 2015 à ce sujet.

Pour ma part, j’arrête ici, et je vous dit à bientôt pour un prochain article !

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Mythes et légendes de la Transition et de la permaculture – Chapitre 1

introduction, « manger bio »…

… Et quelques pistes pour dépasser les désillusions (youpi !).

Bienvenue sur le premier volet d’une série de sujets que je voulais désosser depuis quelques temps.  Pour aujourd’hui, je vous propose une grosse intro et le thème du « bio ». La suite arrivera en plusieurs fois, dans les semaines qui viennent.

Introduction

Dans une société en plein bouleversement, dans un contexte d’épuisement des ressources planétaires, de dérèglement climatique, de crépuscule du mythe de la croissance infinie dans un espace fini et de plateau chaotique de l’ère du pétrole avant la descente, l’humain a plusieurs solutions comme le déni, la panique, la barbarie ; mais il peut aussi chercher des pistes plus riantes.

La transition d’un monde non-résilient, construit sur les énergies fossiles, inéquitable, destructeur de l’environnement, à un monde plus résilient, utilisateur d’énergies renouvelables, solidaire, et respectueux de la nature, est le nouvel eldorado personnel d’un nombre croissant d’individus (dont je fais partie). Seulement, c’est aussi un eldorado médiatique, politique, et économique, avec tous les excès et travers que cela implique. C’est aussi un monde qu’il reste à créer, et le fantasme seul ne peut pas faire l’affaire.
Depuis quelques années, documents (articles, films, images) et initiatives pullulent pour répandre « l’information positive », que ce soit pour le bien-être humain, animal, l’écologie, la production de nourriture, les transports, l’énergie, la construction, la démocratie, etc.
On nous parle de permaculture, de transition écologique, de décroissance ou de développement durable (deux choses radicalement opposées), de bio, d’agroécologie, d’éco-construction, de retour à la nature, et j’en passe.

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Toutes les pistes, sans exception, sont bonnes à creuser.

Certaines d’entre elles, cependant, sont des miroirs aux alouettes. Des leurres, des illusions, volontaires ou involontaires, qui causeront plus de torts que de bienfaits à ceux qui s’y jetteront tête baissée. Mais c’est ok. L’important c’est que ceux qui les découvrent les partagent, et que les autres ne tombent pas dedans. C’est comme ça que tout le monde apprend, et avance.
Dans une deuxième catégorie, d’autres pistes de transition ou de solutions ne sont pas forcément des illusions, mais ne sont pas aussi reluisantes dans la réalité que dans les médias. Là aussi, il est important de nuancer le tableau.

Certaines de ces illusions sont volontairement entretenues. Dans ce cas précis, il faut aller chercher du côté du cynisme de quelques individus, et du profit qu’ils peuvent tirer de la désorientation des gens.
Mais dans la plupart des cas, je ne crois pas qu’il faille aller jusqu’au procès d’intention. Je comprends le mécanisme qui pousse certains à embellir le tableau au-delà de la réalité. Une grande partie d’entre nous, occidentaux, vivons dans un monde tellement confortable (en dépit de toutes ses nuisances) et lobotomisant, que l’inertie face au changement est énorme. Pour faire bouger, il faut dessiner une réalité particulièrement séduisante, dans un langage compréhensible par le plus grand nombre. C’est comme ça qu’on se retrouve avec des articles aux titres racoleurs du style « Incroyable, on peut faire du pétrole avec des algues ! » , « Cultiver des légumes sans les arroser, ça marche ! », ou encore « Grâce à la permaculture, laissez la nature travailler pour vous ! ».

Aucune de ces trois affirmations n’est à 100% fausse. On pourrait même dire que tout est vrai, dans l’absolu. Mais le ton et le contenu des articles qu’on trouve généralement sous ce genre de titre, par leur approche réductrices et leur excès d’enthousiasme, renforcent la promesse de solution miracle. Ces contenus nous disent : « vous allez voir, la Transition, c’est facile, les doigts dans le nez ».

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En l’occurrence pour répondre rapidement aux trois annonces accrocheuses ci-dessus : faire du pétrole grâce aux algues c’est possible, et totalement pas rentable énergétiquement ni économiquement aujourd’hui (et remplacer du pétrole par du pétrole, ça ne nous arrange pas au niveau des gaz à effet de serre…). Cultiver des légumes sans les arroser, c’est tout à fait possible, et ça vous donnera pendant des années des légumes rabougris chez les rares plantes qui auront survécu (La méthode Pascal Poot fonctionne mais n’imaginez pas que vous allez avoir les mêmes résultats chez vous en claquant des doigts, même avec ses semences). Et pour la permaculture qui permettrait de « laisser faire la nature », j’y reviendrai la semaine prochaine.

Ma responsabilité, en tant qu’individu en transition et permaculteur en devenir, c’est aussi d’ajouter ma petite pierre pour nuancer les excès d’enthousiasme (ou les mensonges) qui prospèrent sur ces sujets.

Pourquoi faire ça ?

Parce que j’en ai vu des désillusions, directes ou indirectes, chez moi ou chez les autres, en à peine 18 mois passés dans le petit monde de la Transition, de la permaculture, et des projets collectifs alternatifs. J’ai vu plein de réussites aussi, hein. Et les désillusions, si vous vous lancez dans la permaculture ou la transition, vous en aurez de toute façon, ça fait partie du jeu et c’est riche de leçons. Simplement, certaines claques sont parfois telles que la foi a du mal à suivre. J’ai vu des gens littéralement sonnés physiquement par ce qu’ils découvraient, en total décalage avec leurs espérances et ce que leur avaient vendu les articles de Positivr et compagnie, ou des « études » tellement biaisées qu’elles en deviennent mensongères. C’est un spectacle douloureux. Pire, ce retour au réel peut avoir des conséquences réellement graves si des personnes se lancent tête baissées dans un changement de vie ou dans des projets importants, en prenant des risques matériels et financiers sans matelas de sécurité.

On vit aujourd’hui un moment crucial dans l’histoire de l’humanité. Comment va-t-on prévenir ou gérer les bouleversements écologiques, climatiques, politiques, démographiques, du 21ème siècle (qui commence à être bien entamé) ? Est-ce qu’on va continuer à aller droit dans le mur, ou bien est-ce qu’on va réussir à faire quelque chose de plus sain ? Le problème des illusions quand elles sont grandes, c’est qu’elles aboutissent forcément à un ramassage en règle. Et quand les gens sont nombreux à se prendre un mur, ils en déduisent que la direction n’était pas bonne. « La permaculture, tout ça, ça ne marche pas ». « Le bio, c’est de la connerie ». Vous avez déjà entendu ça quelque part ? Moi oui.

Plus les illusions de la Transition écologique et sociétale sont grandes, plus les chutes font mal, plus les postures défensives sont dures à déconstruire, plus les tentatives de décrédibilisation sont promptes à porter leurs fruits, plus on perd du temps. Et le temps, ce n’est pas la plus grosse ressource à disposition de l’Humanité aujourd’hui.

Bref, la démystification, ou au minimum la nuance, c’est important.

Forcément je ne parlerai pas de tous les sujets. Je ne parlerai pas des bio-carburants, ni de la voiture à hydrogène, ni du développement durable, ni de tout un tas de trucs qui sont déjà abondamment reconnus comme des mirages ou au moins débattus très publiquement sur la question de leur pertinence.

Je donnerai dans cette mini-série d’articles quelques exemples (connus et moins connus) de domaines de la Transition dans lesquels peuvent régner parfois une euphorie déplacée, un excès de confiance ou tout simplement une communication abusive. J’en parle parce que je rencontre ces sujets au quotidien dans mon nouveau parcours de vie, depuis 18 mois.

Et parce qu’il est très important de sortir de la fausse opposition « Euphorie contre Fatalisme », je parlerai aussi de quelques pistes qui existent pour aller au-delà des déceptions, dans la joie (si, si).

Allons-y, voulez-vous ? Cette semaine, on va commencer par un sujet que tout le monde connaît de près ou de loin.

I) « Manger bio, c’est mieux. »

Réponse : Ça dépend.

Ça vous fait une belle jambe, hein ?

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Note : une des premières choses que j’ai apprises en permaculture (sans même que ça soit formulé), c’est que la réponse à n’importe quelle question, c’est : « Ça dépend. » Ça dépend du lieu, de la saison, de l’heure de la journée, de la pente, du sol, de la végétation, de la faune, des voisins, de la pluviométrie, de la direction du vent, du nombre de chansons de Patrick Sébastien que vous avez entendu avant vos 8 ans, etc.

Le bio, c’est bien ou pas ? Ben ça dépend.

Pour ceux qui ne le savent pas, le « bio » aujourd’hui désigne avant tout un label. « Bio » ne désigne pas/presque plus une philosophie ni une éthique dans le langage courant, mais surtout un cahier des charges, décidé par l’Union européenne. Le label français est aligné sur le label européen depuis 2009, et évidemment le second est moins contraignant que ne l’était le premier avant l’alignement. Aujourd’hui, les traces d’OGM (0,9%) sont autorisées en bio, par exemple, ce qui était strictement interdit en France avant.

Dans le bio, pas de pesticides ? Oh que si. Les pesticides de synthèse sont interdits, mais des pesticides non synthétiques sont autorisés. En bio, on utilise entre autres des produits à large spectre comme le Spinosad qui bute un paquet de bestioles, y compris les auxiliaires utiles aux cultures. Autre exemple, la bouillie bordelaise, autorisée en bio, qui bousille à long terme la vie des sols (à cause de l’accumulation du cuivre).
Bref, en bio, on utilise des pesticides avec des règles d’utilisations différentes du conventionnel, mais ce ne sont pas forcément des produits merveilleux pour nos écosystèmes, loin s’en faut.

Toujours sur les pesticides, il n’y a aujourd’hui pas de séparation minimum obligatoire entre les terres bio et non bio. Donc quand le tracteur du voisin en conventionnel balance la sauce, il y a quelques bons mètres du terrain bio d’à côté qui sont aspergés. En pratique, les agriculteurs bio abandonnent parfois quelques mètres en friche, ou se proposent d’épandre eux-mêmes les derniers mètres du voisin avec de plus petits pulvérisateurs, pour limiter l’impact sur leur propre terrain. Cet arrangement existe (j’en ai eu un témoignage direct), mais je ne saurai dire si c’est rare ou fréquent.

De plus, et ça on en parle déjà plus dans les médias en ce moment, il est quand même bon de se rappeler que la plupart des produits bio qu’on trouve en grandes surfaces sont issus du bio « low-cost ». Les industriels de l’alimentations on réussi à surfer sur la vague du bio ces dernières années. Et quand ils sont soutenus par les politiques, ce sont toutes les petites filières qui ont contribué au bio « éthique » qui sont mises à mal. Le bio industriel verse autant dans la monoculture intensive et sur-mécanisée que l’industriel non-bio, pour les mêmes effets dévastateurs (environnement, santé, conditions de travail des agriculteurs, consommation de pétrole…).

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Ensuite, le bio, c’est bien joli, mais si on achète un produit bio qui a fait 10000 km en bateau, c’est dommage. On est très loin de rendre service à notre environnement si derrière notre orange bio il y a des litres et des litres de pétrole en transport. Deuxièmement, la réglementation bio n’est pas la même partout, et n’est pas appliquée de la même manière partout. Un directeur des achats d’une enseigne de grande distribution (rencontré pendant ma formation chez Fermes d’Avenir), nous a confié qu’il avait parfois des offres du Mexique sur des pomelos conventionnels, qui pouvaient devenir « bio » en un tour de main administratif (avec un petit pot-de-vin, quoi). Le directeur des achats en question a refusé, merci à lui. D’autres sont peut-être moins scrupuleux. Tout ça pour dire que plus le produit vient de loin, plus il est difficile de savoir comment il a été produit, et le label bio n’y change pas grand chose.

Il y aussi la question du travail du sol, que le label bio élude complètement aujourd’hui. Le labour est autorisé en bio. « Quoi, le labour c’est pas normal en agriculture ?».  Là aussi, la réponse n’est pas évidente. Déjà, il y a labour, et labour. Retourner 10 cm de terre et semer un engrais vert dessus pendant l’hiver, ce n’est pas la même chose que sous-soler comme un bourrin sur 50 cm d’épaisseur en laissant la terre à nue pendant des mois.

D’une manière générale, le labour ça bousille le sol, quelle que soit la profondeur. C’est le principe, hein. Pour pouvoir cultiver une parcelle, faut limiter la concurrence des autres plantes. À petite échelle, en maraîchage, on peut utiliser de la bâche (ce qui n’est déjà pas écologiquement génial), mais sur de grandes cultures, y a pas 36 solutions utilisées en France aujourd’hui. Les deux principales, c’est le glyphosate (on bute les plantes avec un produit) et le labour. Le glyphosate est interdit en bio, et ça limite la possibilité de semis directs. Du coup, il reste le labour. Or, le labour, c’est le premier facteur d’érosion des terres agricoles. À la première grosse pluie, un sol déstructuré par le labour va foutre le camp par la rivière, et ça donne ça :

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Et ça : 

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Source : Benjamin Gravel

« Ça », c’est notre garde-manger qui s’en va. Toute notre terre arable. Je rappelle que plus de sol = pas de bouffe (on ne fait pas pousser grand chose sur la roche mère, ah si, à grand coups d’engrais chimiques). C’est aussi une pollution énorme des cours d’eau, avec une mortalité très grande de leur biodiversité quand ça arrive, sans parler des zones côtières concernées. Imaginez-vous, pépère, chez vous, et un nuage de boues et de poussière vous arrive dans la gueule pendant des jours. Ben vous mourrez. Heureusement, ça n’est jamais arrivé à l’être humain. Oh, wait…

Or dans un champ glyphosaté en agriculture conventionnelle, ça, ça n’arrive pas. Pourquoi ? Parce que les plantes tuées au round-up gardent leur système racinaire en place dans le sol, et ce sol reste structuré. Il se tient à la pluie et ne fout pas le camp à la première averse.

Donc un champ en bio (et non-bio, évidemment) labouré peut entraîner une destruction des sols plus rapide qu’un champ glyphosaté en conventionnel.

« Du coup, le glyphosate c’est génial ? ».

Non, c’est de la merde pour plein d’autres raisons, je vous rassure. Voilà, vous avez l’air vachement rassurés.

Il faut aussi savoir que les contrôles en bio se font souvent sur des critères administratifs (fournitures des semences, par exemple), donc de la paperasse par essence plus facilement falsifiable que des critères de terrain. La fraude au bio, c’est pas la norme, mais ça existe. 

Dernière nuance par rapport à « le bio, c’est mieux ». De la même manière que le bio peut être tout pourri, ce n’est pas parce que ça n’est pas bio, que le non bio c’est forcément mauvais. Je parle surtout des petits producteurs qui font le choix d’une non-labellisation (le label est payant et c’est une contrainte de contrôle administratif que certains rejettent même s’ils n’ont rien à se reprocher), mais qui sont surtout guidés dans leur pratique par le désir de bien faire, en respectant les humains et la nature. Il y en a, et plus qu’on ne le croit. Mais il faut les chercher, et vous ne les trouverez peu ou pas sur les étals des supermarchés. C’est un vrai problème pour les habitants des villes.

J’arrête là, parce que je sens que vous êtes déjà en dépression nerveuse (et je vais pas tarder non plus si je continue ).

« Mais bon sang, qu’est-ce qu’il nous reste à bouffer si on ne peut même plus faire confiance au bio ?! ».

Les bonnes nouvelles : Respirez profondément, il y en a.

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Déjà, du bio de qualité, ça existe. Il est important de savoir qu’on peut faire des trucs pas top en bio, mais je ne suis pas en train de vous dire qu’il n’y a que des abus.

Disons que globalement, oui, vous allez statistiquement mieux manger en bio qu’en conventionnel. Ça ne contredit pas tout ce que je viens de vous exposer, mais ce qui compte, c’est d’où on part. Parfois ça sera juste « un peu moins affreux » que l’industriel conventionnel (un peu moins de traitements, moins d’additifs). Mais c’est déjà ça.
D’une manière générale, la qualité de notre nourriture est une question de plus en plus centrale et débattue dans notre société, et j’ai plutôt espoir que les choses aillent dans la bonne direction. 🙂

Ensuite, le label AB et le label bio européen ne sont pas les seuls labels bio ou « d’éthique biologique » qui existent. Le label Bio cohérence, par exemple, est un label plus exigeant et plus proche des valeurs originelles de l’agriculture biologique que le bio européen. Il y a aussi Nature et Progrès (qui n’exige pas le label AB mais qui est bien contraignant), ainsi que le Label de biodynamie Demeter.

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Au niveau de la distribution, si vous n’avez pas de petit magasin indépendant dans votre village ou votre quartier, je vous invite à regarder du côté de chez Biocoop. Oui, c’est une entreprise qui s’étend vite et fort, avec toute la prudence que ça implique de notre côté, mais leur cahier des charges est vraiment exigeant envers les producteurs. De plus, c’est un réseau de magasins indépendants et pas une chaîne, il ne faut pas l’oublier. À noter que Biocoop a mis en place son propre label : Ensemble, solidaires.

Concernant mon point sur le labour, l’agroforesterie a le vent en poupe aujourd’hui. Le fait de rétablir des lignes d’arbres entre les lignes labourées (rôle que remplissaient les haies avant de se faire saccager un peu partout en quelques décennies) amène le sol à mieux se tenir et à résister à l’érosion. Agricultures bio et conventionnelle sont concernées par le sujet.

Vous avez des yeux et des oreilles, surtout si vous n’habitez pas trop loin de terres agricoles. Renseignez-vous sur les producteurs locaux. Posez des questions, que ce soit directement aux producteurs ou bien aux gens que vous connaissez. Des agriculteurs qui produisent de la bonne nourriture saine, bio (label ou pas), il y en a. Au passage, la tendance actuelle des installations en bio et en micro-fermes est à la hausse.

Le bio ne s’achète pas qu’en supermarchés. C’est une évidence pour beaucoup, moins pour d’autres. Favorisez les circuits courts : vente directe, AMAP, paniers, magasins de producteurs…. C’est souvent là que vous connaîtrez le mieux les producteurs qui vous fournissent en nourriture.

Pour finir, si vous avez un peu de terre (même un tout petit peu), rien ne sera jamais aussi local, bon et sain, que ce que vous cultiverez dans votre potager, avec le respect du vivant et les techniques appropriées. La souveraineté alimentaire de chaque citoyen (ne serait-ce qu’à 1% d’autonomie) est la première réponse à la question du « bien manger ». Ce bon sens a prévalu pendant des millénaires, et en 70 ans l’industrie agroalimentaire s’est fait un plaisir de nous le faire oublier , voire de nous le faire craindre : « Ouais mais si on a notre jardin au bord de la route, ça craint pas de manger ses légumes arrosés aux particules fines ? ». Et ce qu’on achète au supermarché, c’est pas cultivé au bord des routes, peut-être ?  À moins d’avoir une pollution dans le sol très importante (type métaux lourds), nous n’avons aucune excuse pour ne pas cultiver au moins un mètre carré sur notre terrain, notre balcon, ou dans un jardin partagé. ; )

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Source : Baptise Henry

Voilà, C’est tout pour aujourd’hui. : )

La semaine prochaine, la série continue sur le retour à la terre, et sur une certaine vision de la permaculture. 

D’ici là, prenez soin de vous.

 

 

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[Diaporama] Assemblage de la première maison nomade à Tera

En juin dernier, j’ai participé au chantier de remontage de la maison nomade à Lartel, la ferme de Tera. J’avais assemblé une petite exposition photo pour l’intérieur de la maison à l’occasion de l’inauguration, le premier juillet.

Voici pour ceux qui n’y étaient pas et ceux qui voudraient la revoir, l’expo complète avec une ou deux photos bonus qui n’avaient pas été affichées. Les photos ont toutes été prises par Bertrand (qui a quitté le projet depuis 😥 )  sauf : « fixation des arbalétriers » qui est de moi, et la photo « semaine du 20 juin » qui a été prise par Aude (une volontaire occasionnelle de Tera et amie dans la vie).

 

Cliquez sur une photo pour lancer le slideshow. Vous pouvez télécharger les photos en résolution plus haute une fois que vous êtes dedans (lien en bas à droite dans le slideshow).

 

Mort et renaissance : un an de résilience.

Quand on parle de résilience, on parle de choses brutales, qui se jouent à un niveau particulièrement intime. On parle d’un être vivant qui lutte pour s’adapter, pour survivre et retrouver sa forme, son intégrité, après avoir été confronté à un choc, voire à une totale déstructuration. On parle de mécanismes qui se déploient autant à l’échelle microscopique que macroscopique, et presque toujours d’abord dans le monde intérieur (le changement allant de l’intérieur vers l’extérieur).

Comme nous l’a appris le passionnant François Mulet de MSV (qui est intervenu dans la formation Fermes d’Avenir que je suis actuellement), un sol déstructuré à coups de labour, c’est comme un chaton qu’on a passé au broyeur : ça marche beaucoup moins bien. Et c’est violent. Les forces à déployer pour qu’il revienne à la vie sont massives, brutales, et peuvent amener de nouveaux déséquilibres si elles sont mal gérées.

À l’échelle humaine de la résilience, c’est pareil. Le corps et l’esprit vont compenser un choc violent en se réfugiant, puis en explorant des extrêmes qui, s’ils recèlent tous une part de la solution, ne peuvent mener à un équilibre à eux seuls. Le processus est complexe, et long.

Depuis à peine plus d’un an, j’explore ma résilience dans tous les domaines, puisque j’ai brûlé à peu près partout en même temps.

Concrètement, ça veut dire quoi ? Je vous passe ce qui m’a amené jusqu’au point de rupture (j’en parle ailleurs si ça vous intéresse), mais je déroule ici un film (forcément sélectif) de cette année qui vient de s’écouler. 


Septembre 2015 

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Octobre

En octobre, des crises d’angoisses violentes commencent à apparaître, et à se multiplier. Je crois pouvoir m’en sortir en continuant la thérapie/le développement personnel que je mène depuis alors 6 ans. En vain. Toutes les séances d’acupuncture, d’étiothérapie, d’ostéo, de shiatsu, m’apportent de moins en moins de réponses plaisantes et encore moins de soulagement. Pire, je sens que ça précipite ma chute dans un abîme inconnu. C’est normal, car ces techniques/méthodes m’ouvrent à moi-même, dans la conscience de ce qui est en train de m’arriver, en plus de m’avoir amené à ce point de ma vie. Mais sur le moment, je n’ai pas suffisamment de recul pour l’accepter. Sentir que ce qui est censé m’aider accentue encore un peu plus mes angoisses, est une spirale mentale infernale.

Novembre

Les angoisses atteignent un stade insoutenable. Je fais plusieurs malaises au travail, au point de devoir faire un break de plusieurs semaines. Je n’arrive plus à piloter ma moto, ma libido est à zéro, je ne peux plus supporter le contact humain (y compris de ceux qui veulent m’aider, notamment Lola), et impossible de bosser sur mes projets. Plus rien ne marche, ni dans ma tête ni dans mon corps, mais tout m’envoie des signaux de détresse absolue à laquelle répond une impuissance absolue. Je fais un passage aux urgences, persuadé que je vais y passer (« Mais vous n’avez rien, Monsieur »). Un médecin me diagnostique une dépression ; mon nouveau psy, un burn-out (c’est plutôt lui qui aura raison). Ces annonces en sont presque réconfortantes, car elles mettent des mots sur un enfer jusqu’alors incompréhensible.

Au plus fort de la tourmente, pendant deux ou trois jours, seule ma mère peut encore m’approcher et me border le soir comme un enfant de 5 ans.

La douleur de la panique (très physique, on ne parle pas de tristesse ou de déprime, j’ai connu les deux et ça n’a rien à voir) atteint son paroxysme le 11 novembre. Cette nuit-là, je répète comme un mantra que j’accepte l’incarnation terrestre, pour ne pas quitter mon corps.

À ce moment précis, j’ai deux chances incroyables : la première c’est une vitalité intérieure qui refuse de mourir. C’est con, mais c’est quelque chose qui ne se maîtrise pas. À ce stade ça n’a rien à voir avec la volonté. C’est quelque chose de plus primitif, animal. Donc j’appelle ça de la chance. Un cadeau de la vie. La seconde chance, c’est la présence de ma mère (oui oui, celle qui me traitait de fainéant, elle a bien changé depuis). Sans elle, je ne serais peut-être pas là aujourd’hui, ou alors en HP, assommé par la camisole chimique. La confiance qu’elle a déployée face à moi à ce moment-là (« ça prendra le temps que ça prendra, mais tu vas t’en sortir ») a fait la différence.

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Un des tous premiers brefs moments de sortie de l’angoisse permanente : peindre n’importe quoi, sans réfléchir.

Décidé à vivre, je sens que je n’ai pas le choix, que tout va se métamorphoser dans mon existence. Le vœu de résilience est formulé, en même temps que l’Everest se matérialise devant moi : comment se transformer en oiseau, quand on a été un poisson presque toute sa vie, et qu’on a la brusque, brutale, et irrépressible urgence de passer d’un monde à l’autre ?

Je reprends les prospections d’écovillage que je menais d’un œil depuis deux ans, je contacte Habite ta Terre et Tera. J’essaie de formuler des souhaits, une perspective. Je lâche tous mes projets en cours, y compris mon second roman sur lequel j’avais commencé à travailler avec une coach.

Intérieurement, je commence un travail de lâcher-prise via diverses méthodes, avec de premiers aperçus encourageants au milieu d’un océan de terreurs abyssales.

Décembre

Je sais que je pourrai entrer dans la matière en janvier, j’ai un billet de train pour le sud-ouest. En attendant, c’est toujours le purgatoire avec les pieds qui trempent à l’étage du dessous. Je suis sous anxiolytiques légers (je refuse de plonger dans les benzodiazépines), qui n’ont plus ou moins aucun effet. Je dors très, très mal, et j’ai toujours beaucoup de mal à me déplacer à moto. Malgré mon corps qui dit non, je reprends le boulot, chez MTV et ailleurs. Chaque pige est une épreuve de tous les instants. L’embryon de résilience qui se développe en moi sous la forme d’une boîte à outils (méthode Sedona, cohérence cardiaque, dialogue intérieur…) me permet de rester sur mes deux jambes qui flageolent. Ah oui, tiens, j’ai la tremblote maintenant. De partout, mais surtout des mains. En revanche, mes maux de dos habituels se calment. Parce que les angoisses s’expriment pures, sans filtre, le corps prend un peu moins sur lui dans les couches profondes.

J’ouvre ce blog avec Lola pour cultiver ce semblant de perspective qui pour l’instant ne s’appuie que sur une vision de long terme.

Noël est particulièrement difficile, malgré l’amour et le soutien que j’y reçois. Je sens que tout continue à me glisser des mains sans que j’aie de contrôle dessus.

D’un point de vue extérieur, la résilience est encore loin d’être là. Je ne sais pas comment je vais faire pour être en sécurité matérielle dans cette transition brutale qui s’impose à moi. Tout est sur le point de changer, et je n’ai plus aucun point de repère. Comment vivre autrement ? Je sais parfaitement ce que je ne veux plus, sans savoir encore ce que je veux ni comment l’atteindre. Toute perspective réjouissante paraît infiniment lointaine.

D’un point de vue intérieur, certaines choses bougent. Seul ou accompagné. Mais ces ouvertures de conscience continuent à apporter ce qu’elles apportent depuis octobre : de l’inconnu, et la peur de la perte, car tout est en train de foutre le camp dans ma vie. Cependant, cette conscience nouvelle apporte un semblant d’explication à ce qui m’arrive, ce qui permet de mieux l’accepter. C’est peu, mais c’est beaucoup, surtout dans l’état dans lequel je suis, où chaque petite victoire est une raison supplémentaire de continuer à vivre.

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Nombreuses balades autour de Notre-Dame dès qu’il fait beau, pour m’obliger à prendre l’air et ne pas stagner dans l’angoisse au fond de ma chambre.

 Janvier 2016  

J’ai déjà pas mal parlé du mois de janvier sur ce blog. En gros, je découvre un peu le champ des possibles d’une vie autre. HTT apporte une bouffée d’oxygène à un cerveau en apnée depuis 3 mois. Je commence à m’engager à Tera, où je me présente comme « un bourgeon sur une bûche calcinée ». Je découvre un peu la résilience autour de moi. Subitement, je rencontre sur mon chemin un tas de personnes qui ont traversé des dépressions ou des burn-out. Comme un signe de la vie qui dit : « regarde-les, ils s’en sont sortis. Sois patient, tu vas y arriver.».

En parallèle, la grande dégringolade de ce que j’ai connu jusqu’à présent se poursuit. Il n’a peut-être pas échappé à ceux qui suivent le blog depuis le début, que j’ai commencé à écrire les articles à la première personne du pluriel, et que j’ai vite continué à la première du singulier. Lola et moi nous séparons à la fin du mois de janvier, après quelques semaines de signes avant-coureurs.
Il est très important de comprendre que si aujourd’hui, je commence à avoir du recul ; sur le moment, je ne bitte rien à ce qui se passe en dehors d’un besoin profond d’être seul. Mon corps, mon mental, mes émotions, hurlent tous des trucs différents dans des langages incompatibles. Dans les premiers temps après cette séparation, à part un léger soulagement de fond qui vient valider cette décision, je suis incapable de comprendre pourquoi j’ai voulu me séparer. C’est très dur, pour elle, comme pour moi.

Dans une logique de survie, je découvre à quel point mes décisions semblent ne pas m’appartenir, en même temps que des petites voix qui grandissent en moi me susurrent à l’oreille que je commence à me respecter. La confusion règne souvent.

L’ouverture de certaines perspectives amène de premiers sentiments positifs, en même temps qu’elle se confronte à la peur de l’inconnu.

J’arrête les anxiolytiques (pour ce qu’ils me soulageaient de toute façon…). Tant que ce sera possible, je veux avancer en conscience dans cette tempête.

Février

Je signe un bail avec Kenny à Masquières (47), commune d’accueil de Tera. Je décide également de vivre à mi-temps entre Paris et le Sud-ouest.

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La vue depuis mon appartement à Masquières.

Ailleurs, en Dordogne, je fais la rencontre d’un homme qui vit en quasi autarcie depuis 40 ans. Je parlais des extrêmes tout à l’heure. C’est un bon exemple : rencontrer ce personnage singulier me rassure sur le fait que l’autarcie, c’est possible. Ça me confronte aussi au non-désir de vivre cet extrême. Les digestions intérieures sont lentes, et vont toujours avec leur cortège de peurs. Mais je sens que j’avance.

 Je repasse chez Habite ta Terre deux ou trois jours. Nouer des liens qui commencent à être durables avec différents acteurs de la transition en France, me fait du bien, et ramène par moment un fragile sourire sur mon visage.

 À Tera, je commence à toucher du doigt l’immense tâche d’acquérir des compétences que je n’ai jamais eues, de cultiver un mode de vie si différent de ce que j’ai connu. Je mets un peu les mains dans la terre. En fonction de mon degré de présence intérieure, c’est parfois agréable, parfois effrayant. Je commence aussi à jouer au jeu du Tao avec les Terians, et je l’ajoute vite à ma boîte à outils de la résilience tant il est puissant. Pour la première fois, j’entends Kenny me dire « tu me renvoies à l’image d’un danseur qui a oublié qu’il savait danser ». À défaut de pouvoir danser à nouveau, je ressens alors toute la vérité de ces mots. Je sens, au fond de moi, un enfant qui acquiesce, qui veut accomplir son chemin de résilience pour exprimer à nouveau sa vraie nature. Mais ce n’est pas encore le moment.

Mars

Les allers-retours entre Paris et Masquières vont bon train. Heureusement que je me suis toujours bien plu chez MTV, ça rend les journées de travail à peu près supportables, même avec la chape d’angoisses que j’ai sur la tête.

 Je déménage mes affaires en camion vers mon nouvel appart. 1300km aller-retour en 3 jours. Dans mon état c’est dur, d’autant que si je peux à nouveau prendre la route contrairement aux premiers temps du burn-out, ça reste une épreuve. Heureusement que mon vieux pote Antoine m’accompagne dans ce périple.

 À Tera, je suis bombardé référent jardin avec Simon W. et Lisa. L’enthousiasme est là. Les compétences, pas du tout. Je bouffe le guide du potager bio comme quelqu’un qui voudrait apprendre à lire mangerait le dictionnaire. C’est compliqué, et peu efficace. L’observation du terrain de la ferme m’apprend finalement davantage. Les prises de notes, le début de cartographie du domaine avec Lisa, tout est riche en information. J’ai la tête qui explose.

 Début du feuilleton du laurier.

Intérieurement, le temps est toujours à la tempête. Pour la première fois d’une longue série, le jeu du Tao fait ressortir les mots « douceur et lenteur » pendant mes parties. Comme un guide pour ma façon de percevoir et d’agir. J’acquiesce, j’acquiesce, mais je continue à m’agiter dans tous les sens. Peut-être que j’espère faire comme la souris au fond du pot de crème, mais dans la pratique je ressemble surtout à quelqu’un qui gesticule au milieu de sables mouvants.

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La ferme de Tera à Lartel (Masquières), en mars.

Côté Paris, je décide de me couper temporairement de certaines personnes, dont mon père, pour un bol d’oxygène relationnel dont j’ai besoin depuis plusieurs années. Ce sont des décisions difficiles, qui sur le moment sont suivies d’une ribambelle de doutes en même temps qu’elles s’imposent à moi.

Côté Masquières, les relations humaines qui se dessinent vont vite, très vite, parfois trop pour moi. J’ai besoin de calme, et pour l’instant ma transition ne m’apporte qu’un chaos intérieur grandissant, entre la peur de ce qui s’ouvre, et la peur de ce qui se referme. Je pose quelques règles de base pour retrouver un peu de solitude, intérieure et extérieure.

Avril

Passage à Paris difficile. Hébergé loin de mes parents chez qui je passe habituellement (décision du mois de mars oblige), j’ai au moins un peu de temps pour moi.

Je sens ne pourrai plus continuer ce mi-temps longtemps. J’ai besoin de lâcher davantage ce que je connais pour mieux explorer l’inconnu. J’annonce à Viacom (MTV, Game One) que j’arrête le mois prochain. C’est la fin d’une belle aventure de plus de deux ans et demi avec eux. Dorénavant, je n’accepterai plus que des missions ponctuelles à Paris. Je passerai le plus clair de mon temps hors de la capitale, où que ce soit.

À Tera, c’est un nouvel effondrement. Je passe tout mon temps à la ferme alors que j’ai un appartement, je ne prends pas le temps de me reposer. La sensation d’urgence qui m’habite distord tout mon rythme quotidien. Je ressens trop de pression (auto-induite) par rapport à la commission jardin, faute d’expérience et de connaissances. Je m’en suis demandé trop, et je le paie cash. « La douceur, la lenteur ». Oui, oui, je sais, et je n’ai pas écouté ce précieux conseil, qui continue à m’être répété à l’extérieur et à l’intérieur.

Mes points d’appui intérieurs sont encore au stade embryonnaire. Parfois, un jour, une heure, un rayon de soleil (au sens propre ou figuré) m’éclaire, un paysage me touche, et je sens la vie palpiter à nouveau en moi. Pas assez pour appeler ça une amélioration de mon état général, mais simplement comme un rai de lumière qui frappe l’océan à travers un épais manteau de nuages noirs. Fugace, et indispensable pour continuer à tenir la barre.

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Mai

Dernier passage « mi-temps » à Paris. Je mets encore quelques affaires professionnelles en ordre. De retour dans le sud-Ouest, je fais un bref passage à Tera, où je rends mon tablier de référent jardinier. C’était trop, trop tôt. Mais ça tombe bien, car de nouvelles personnes comme Cécile arrivent dans le projet, avec infiniment plus de compétences que moi. La formation autonomie d’énergie de l’été à Tera s’annonce, et je suis sur la liste des futurs stagiaires. Le planning, qui au début devait être morcelé, implique désormais trois mois de formation à temps plein. Ça m’inquiète un peu compte tenu de mon énergie du moment, mais je fais taire mes doutes, trop heureux à la perspective d’acquérir tout un tas de compétences qui me paraissent essentielles.

Je continue à découvrir la région, notamment en randonnant à pied avec Kenny.

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Je retourne une semaine chez Habite ta Terre avec Lisa. De plus en plus, HTT me fait l’effet d’un bain de miel. Non pas que tout y soit rose, loin de là. Mais parce que 1) je reste un volontaire de passage et que j’y vais sans pression (contrairement à Tera). 2) Leur collectif continue à se construire de façon organique, d’une manière qui me redonne confiance dans la capacité des être humains à faire des choses ensemble. 3) Je découvre à chaque fois un peu plus là-bas des personnes extraordinaires.

Sur place, Lisa me dit que c’est la première fois qu’elle m’entend rire autant. Elle a raison, et je m’interroge pour la première fois sur mon rapport à Tera : why so serious ?

Juin

Ça fait plus de six mois que j’ai explosé en plein vol, et je n’ai toujours pas pris de vrai repos. Peut-être est-ce accessoirement pour ça que je me sens continuellement épuisé. « Boarf, c’est pas parce qu’on fait un burn-out professionnel/mode de vie / relationnel / émotionnel / lieu de vie / familial, qu’il faut se reposer… »

Si ?

Après avoir été bien con pendant tout ce temps, je tilte enfin début juin, et décide de jeûner une semaine pour m’occuper de moi, de mon corps, et me recentrer. Kenny et moi jeûnons à la Forge (notre appartement dans le bourg de Masquières).
Le jeûne est un outil si puissant que je pense y consacrer un article plus tard. Mais pour faire court, après une semaine de jeûne hydrique + quelques jours de demi-jeûne (méthode Mosséri), voilà ce que j’observe :

  • Meilleur sommeil
  • Nettement moins de réveils en angoisse
  • 90% de l’eczema qui s’étendait sur mon bras droit a disparu.
  • Fin de la tremblote que je trimbale depuis le début de l’hiver.

Voilà pour les effets les plus remarquables. D’un point de vue psychique, mon esprit est plus clair, je me sens presque « normal » pour la première fois depuis octobre.

Il y a vraiment un avant et un après cette expérience.

Pendant le jeûne, je découvre aussi de nouvelles pistes de cheminement intérieur, avec la chamane du village.

La question du rythme se pose vraiment avec cette période loin de tout. J’ai pris du temps pour moi, et corps/esprit viennent de très concrètement me remercier. Avec Kenny, nous commençons à questionner les rythmes à Tera. Sujet qui sera au cœur d’un certain nombre de discussions et de passes difficiles pour le projet dans les mois suivants.

À la lumière de mon début de compréhension sur « la douceur et la lenteur » (enfin !), je retourne ma veste et je me désiste pour la formation de l’été. Ce n’est pas le moment pour moi, et ça n’est peut-être que partie remise de toute façon (une session est prévue pour l’an prochain).

Avec de nouvelles choses qui ont lâché intérieurement (en partie grâce au jeûne), je redécouvre un paquet d’émotions qui attendaient leur tour. Notamment la colère, qui revient en fanfare, surtout dans mes interactions avec certaines personnes à Tera.

Loin de moi l’idée de promouvoir la colère comme quelque chose de souhaitable, mais entre la colère et le désespoir, je sais ce que je choisis. La rage de vivre commence à pulser davantage dans mes veines.

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Kenny et Jules en train de poser le pare-pluie de la maison nomade

Dans un autre domaine, j’apprends pas mal de choses ce mois-ci puisque c’est le chantier de remontage de la maison nomade à Tera, et que j’y suis presque tous les jours. Mettre la main à l’ouvrage, dans un contexte relativement cadré, me relance dans mon enthousiasme d’apprentissage pratique. C’est mon premier gros chantier depuis Habite Ta Terre en janvier (mon passage chez HTT en mai aura été davantage récréatif que laborieux), et ça me fait du bien.

Quelques copains/copines de Paris commencent à passer à Masquières, et si certains passages sont éphémères, pour d’autres la tentation du grand saut est beaucoup plus forte. ; )

Juillet/août :

Le chantier-école (la formation) en autonomie d’énergie de Tera bat son plein. Je réalise un clip sur la construction des panneaux thermiques, ce qui me permet de garder la main en plus d’être utile pour l’appel à dons de Tera du moment.

Malgré ça, je m’inscris au cours de l’été dans un faux rythme assez pénible. Une bonne partie des permanents de l’association fait la formation, et l’autre partie dépense beaucoup d’énergie pour soutenir la première (notamment au niveau de l’intendance et des repas). Seules quelques personnes (dont moi) ne s’inscrivent ni dans une catégorie, ni dans l’autre, ce qui est inconfortable pour tout le monde (nous les premiers). C’est une problématique qui perdure tout l’été, et la meilleure solution que j’y trouve, c’est de faire un pas de côté pour me préserver. Tera traverse de toute façon (pour une somme de raisons complexes) entre juin et août des turbulences humaines non négligeables, qui aboutissent entre autre sur le départ de plusieurs personnes. Si chaque histoire est différente, il est clair que l’intensité de tout ce qui se passe (en bien aussi, hein !) dans le projet en si peu de temps pendant l’été met tout le monde à rude épreuve et fatigue les corps et les esprits. Dans un moment où je viens de prendre conscience de la nécessité de prendre soin de moi et de me reposer, ma trajectoire est inverse à celle de la majorité (qui d’un coup se met à brûler de l’énergie de façon accrue), ce qui n’est pas simple à gérer sur le moment.

Je pars marcher une semaine en montagne avec mon ami Guillaume. C’est beau, c’est dur, ça me reconnecte à mon corps, et à mes limites du moment.

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Roche du Chardonnet. 2950m

Je continue à faire ma petite évolution intérieure, souvent dans l’inconfort, et l’angoisse reste quotidiennement en ma compagnie. Mais je me sens plus présent, plus conscient, et je commence à avoir confiance dans ma capacité à gérer et à dissoudre les pics de mal-être.

Lors de brefs passages à Paris, je recommence à cotoyer mon père et d’autres relations de longue date, dans des rapports humains qui commencent enfin à se renouveler, à rajeunir. Mes choix précédents sont confortés par l’observation des conséquences à moyen terme. Je gagne en confiance.

L’été est aussi le théâtre d’une transition relationnelle difficile et cruciale. Au final, cela aboutit à une meilleure digestion de ma séparation avec Lola, et à une meilleure ouverture à ce qui est présent pour moi aujourd’hui avec Lisa. De dures leçons sont apprises sur le terrain de la communication non violente, sur l’expression et la compréhension des besoins de chacun, sur l’écoute de soi et de l’autre.

Je fais un chantier enduit terre courant août, qui me permet d’apprendre un peu d’une technique de construction que j’aimerais mettre en œuvre pour moi, plus tard.

Fin août, je découvre avec Simon (D.) la formation Fermes d’Avenir, et je m’inscris, encouragé par Fred à Tera. J’y vois l’opportunité d’étancher ma soif de connaissances sur la permaculture, le maraîchage, la forêt-jardin, et sur un autre mode de vie. Une ouverture du champ des possibles.

Toujours fin août, je passe avec une bonne partie des permanents de Tera, une formation de niveau 1 d’animateur de jeu du Tao, et j’en profite pour commencer à pratiquer un peu partout en dehors de Tera.

Septembre

Nouveau jeûne en début de mois, qui continue le travail amorcé par le premier, avec notamment la disparition totale de mon eczema. Le jeûne, ça marche. Vraiment.

Je reprends la tenue de ce blog, ça me fait du bien.

Je bosse un peu à Paris début septembre, avec une bonne volonté retrouvée. La sensation que des perspectives sont sur le point de s’ouvrir dans une nouvelle vie me permet de bien vivre mes passages dans la capitale et mes collaborations professionnelles là-bas.

C’est le mois des choix. Choix de rester ou non à Tera, où je me sens mal en ce moment. Choix d’être vraiment avec Lisa. Choix d’entrer de plein pied dans la formation de Fermes d’Avenir.
Chaque choix est précédé d’un goulet d’étranglement étouffant, dont je ressors avec libération et une sensation d’expansion intérieure. Suivre la contre-intuition émotionnelle est la bonne solution : mes peurs me disent que je vais perdre en n’agissant pas en fonction d’elles ce que je perds déjà quand elles me dominent.

Dans les derniers jours du mois de septembre, je retourne brièvement chez HTT avec Kenny pour leur remettre un jeu du Tao ainsi que pour les initier au jeu lui-même. Je crois que j’ai un peu plus la banane à chaque fois que je vais là-bas. Si ça continue, je vais me transformer en être de pure énergie à mon prochain passage.

Octobre

Premier module de la formation de payculteur de Fermes d’Avenir. Entre les cours en salle, les ateliers à la ferme de la Bourdaisière (vive le désherbage de carottes), la vie commune et les visites de fermes, c’est bien dense.

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Un payculteur dans sa belle brouette.

L’ours convalescent que je suis se retrouve soudainement dans un contexte de socialisation intense, de vie en dortoir, d’horaires imposés, de suractivité potentielle à tous les instants. Rien de bien méchant pour le commun des mortels. Et pourtant, un petit Everest pour un brûlé intérieur à tendance agoraphobe.
Dès le quatrième jour, les angoisses reprennent avec un assaut particulièrement violent. Je me revois tomber comme il y a presque un an. L’ouragan intérieur est monstrueux, je tiens à peine sur mes jambes. « Quitte la formation », soufflent les peurs. « Sauve-toi, tu vas te faire broyer », susurrent les angoisses.

Mais cette fois, je suis mieux armé, et déploie tous les outils que je fourbis depuis un an. Bim ! un coup de lâcher-prise. Bam ! une rafale de méditation. Shebam ! cohérence cardiaque dans ta face. Boum ! respect de mon rythme. Pan ! yoga et étirements. Paf ! Communication Non Violente® (oui, le nom est déposé. Sérieusement). Splash ! dialogue intérieur.

J’invoque les super pouvoirs de la résilience.

Je gère. Non. Mieux, je traverse. Sur mon radeau, je dévale des creux de dix mètres, et je trouve encore la force de rire à la face de l’ouragan entre deux gorgées d’eau de mer avalées de travers.

La tempête se mue vite en coup de vent et diminue en quelques jours.

Je suis toujours là, mes deux pieds bien ancrés dans la réalité. J’avale de la connaissance, des rencontres, des perspectives nouvelles. Au bout d’une quinzaine de jours, je trouve un certain équilibre. Mieux, le cadre de la formation me fait du bien. Je rigole à nouveau, ça y est. Les bourgeons commencent à donner des feuilles. Fragiles, facilement emportées par le vent, mais marque indéniable d’une nouvelle étape dans mon retour à la vie.

Le cadre de la formation, avec lequel je joue comme un lycéen joue avec son emploi du temps, me réconcilie avec le désir de restructurer ma vie avec de grandes lignes simples. Je n’ai pas encore les réponses, mais je commence à savoir quelles questions me poser. La formation apporte son lot de connaissances, de prises de conscience sur la réalité du monde agricole, son état de délabrement et ses perspectives plus réjouissantes. Sur les miroirs aux alouettes aussi (j’y reviendrai dans un autre article).

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Les beaux épis de maïs de Potage et Gourmands, qu’on est allé visiter dans le cadre de la formation.

La distance avec Tera fait remonter de douloureuses tensions accumulées envers l’association depuis quelques mois. Une partie du pus s’écoule au travers de discussions téléphoniques houleuses avec Marie-Hélène, Lisa, Kenny. Je découvre davantage Simon, qui fait la formation avec moi. À travers nos discussions, je prends davantage conscience de mon insécurité intérieure autant que de mon pouvoir de la surmonter, d’habiter ma place à Tera ou n’importe où ailleurs. J’avance.

Novembre

De retour à Tera pendant deux semaines de pause à la formation, je reviens avec un bagage un peu plus conséquent, et des projets. Des moments d’échange sur les questions fondamentales du projet (réunions que nous appelons « Tera-ciel ») dénouent de gros nœuds de colère en moi et me permettent de restaurer le dialogue avec certaines personnes. Note : nos CR de réunions sont accessibles à ceux qui s’inscrivent sur le forum de Tera.

Je recommence à prendre en charge quelques chantiers au sein du projet. Surtout, celui de créer une forêt-jardin à la ferme de Lartel. Les marches semblent toujours hautes, mais avec un peu d’inventivité et/ou avec la courte échelle des copains, ça devient envisageable, contrairement aux grosses déconvenues du printemps.

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Nouveau jouet à Tera. VRRRMMM !!! (c’est pas avec ça que la forêt comestible va pousser)

Je retourne ensuite chez Fermes d’Avenir, où je renoue avec un rythme de croisière qui commence à fonctionner, pour m’abreuver à cette source précieuse de rencontres et d’enseignements.

Voilà où j’en suis aujourd’hui.

Et maintenant ?

Un an depuis l’effondrement. Je préfère clairement être là où je suis que là où j’étais. C’est loin d’être tout confort. Je suis fauché, encore quasi débutant en tout, je ne sais pas encore vraiment où je vais, mais mes choix récents commencent à dessiner les bords d’un cadre souple dans lequel je pourrai construire quelque chose de plaisant, de résilient, de durable.

Il m’a fallu un an pour passer de l’invivable au difficile (ponctué de petites joies). Du mourant au naissant. Du bourgeon sur une bûche encore incandescente, à un arbuste dont les petites racines attaquent la roche mère pour en faire un sol nourricier. De la survie à quelque chose qui commence à ressembler à nouveau à la vie.

L’angoisse occupe encore un bon tiers de mon temps d’éveil quotidien, contre 100% il y a un an. C’est à la fois encore trop, et incomparable avec ce que c’était.

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Coucou. Je suis heureux parfois.

Et dans le monde relationnel, matériel, extérieur ? En un an, j’ai commencé à faire des choses avec mes dix doigts : jardinage, charpente, enduits, bûcheronnage… tout en survol et rien en profondeur pour l’instant, mais l’expérience, par définition, prend du temps.

J’ai compris la base de la permaculture, je commence à faire un peu de design et j’aime ça.

En me soignant et en m’éveillant moi-même, j’ai pris goût à l’éveil et à l’écoute des autres, notamment avec le jeu du Tao que j’aime de plus en plus pratiquer comme animateur.

J’ai un nouveau chez moi que j’ai encore du mal à investir pleinement faute de m’y sentir vraiment à ma place, mais je peux enfin mettre derrière moi cette phrase qui me hantait depuis 3 ans : « Faut que je quitte Paris ». Je l’ai fait. Peut-être qu’un jour j’y reviendrai de mon plein gré, d’ailleurs. Mais en attendant, j’ai réussi à sortir de cet endroit dont le puits gravitationnel m’apparaissait infranchissable.

Je lèche encore mes plaies relationnelles, mais toutes sont en voie de cicatrisation, y compris certaines vieilles de quinze ans que le burn-out avait rouvertes. Certaines nouvelles rencontres m’ont ramenées à mon plaisir, à mon rire, à ma joie.

Une année dense. Dense comme le feuillage du laurier de Lartel, qui à défaut de pouvoir se construire tout de suite de nouvelles branches charpentières bien épaisses, buissonne de nouvelles feuilles pour capter la lumière du soleil.

Est-ce que je me donne maintenant un an pour passer du difficile au facile ? Pour entrer dans l’ère du fluide, de l’aisé, du naturel ? Non. Je ne sais pas de quoi sera fait demain. Ça prendra peut-être six mois. Peut-être dix ans. Sans doute entre les deux. En tout cas, moins j’y pense, plus ça ira vite.

La résilience d’un humain n’est pas la résilience d’un matériau. Il ne s’agit pas exactement pour moi de retrouver ma forme initiale. Un arbre résilient ne ressemble jamais à ce qu’il était avant d’avoir subi un choc (la foudre, une tempête, une taille…), et il porte à jamais la marque de ce qu’il a traversé. Par contre, il est capable de s’en remettre et de s’épanouir différemment.

Je sais dans ma chair que c’est possible pour moi. J’ai même l’outrecuidance de penser que je suis un peu plus malléable qu’un arbre, et que les cicatrices intérieures peuvent aller jusqu’à disparaître.

En attendant, je continue ma route sur les chemins de la résilience, un pas devant l’autre, en conscience.

Laurier et résilience

J’ai mentionné Simon dans un précédent article. Avant d’être mon camarade de formation chez Fermes d’Avenir en ce moment, c’est avant tout un copain de chez Tera. Une histoire vient de me revenir à ce propos.

Ma rencontre avec Simon à Tera, s’est faite en mars dernier, autour d’un laurier-sauce. L’arbre faisait bien trois mètres cinquante de haut et trônait juste devant la terrasse de la maison de la ferme de Lartel. C’était un beau spécimen, le plus imposant de la petite famille végétale qui habitait ce côté du jardin.

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Derrière Lisa, Antoine et Olivier, le laurier tel qu’il était avant de rencontrer son destin.

Pris d’une envie soudaine de dégager la vue sur le vallon, Simon a suggéré une taille. Ladite taille fut menée séance tenante à grands coups d’élagueuse, et j’ai même participé aux premiers coups de chaîne, sans trop réfléchir, avant d’aller faire autre chose. Quand je suis revenu un peu plus tard, il ne restait de l’arbre que quatre troncs rabougris et nus, hauts de 80cm. Plus de branches, plus de feuilles (si ce n’est un rameau de 20cm qui pendouillait tristement). 80-90% de la biomasse du machin avait été emportée (sachant qu’une taille de plus de 30% est considérée comme sévère). J’ai été un peu estomaqué sur le moment, puis j’ai regardé Simon qui s’est marré et m’a répondu avec désinvolture : « t’inquiète, ça va repartir. ». J’ai hoché la tête sans y croire et une colère de fond s’est installée en moi, durablement.

Quelques semaines plus tard, le laurier faisait salement la gueule. Il apparaissait dévasté. Ses troncs et sa base se paraient de minuscules bourgeons, témoins des efforts qu’il réalisait pour ne pas y passer. Mais son dernier rameau avait bruni, et au milieu de la nature renaissante du printemps, il avait l’air de vivre ses derniers instants.

Un jour d’avril, je passais devant le laurier, et j’observais cet être vivant en galère totale, avec cette colère mêlée de tristesse qui revenait à chaque fois que je posais mes yeux dessus depuis un mois. Olivier s’est approché, a regardé successivement le laurier, puis moi, puis m’a dit avec un sourire  « Il est en train de mourir. Dans la joie, hein, mais je sens qu’il meurt » ; avant de s’éloigner.
Quelque chose s’est brisé en moi. J’ai titubé sur quelques mètres, puis me suis assis sur le petit banc en bois qui dominait les arbustes du versant à ce moment-là. Mabel, qui avait observé la scène depuis le siège, m’a glissé avec sollicitude : « toi aussi, on t’a coupé les branches ? » Je suis tombé à genoux, et j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Des larmes de rage, et de désespoir. Je me suis dit que j’étais foutu, comme cet arbre. Que j’avais pris trop cher ces derniers mois, et que je pouvais faire ce que je voulais, mais que je ne m’en remettrais jamais.

Le laurier a tardé à mourir. Il s’est battu. Ses timides bourgeons se sont multipliés, et sont sortis au pied de l’arbre. Simon, estimant qu’il valait mieux que l’arbre reparte de ses troncs, a rasé les pousses, dépouillant la plante au moment où elle essayait de s’en sortir. Cette fois, j’ai pété un câble pour qu’il ne s’approche plus du laurier, ignorant son incompréhension mi-polie, mi-narquoise. J’ai jeté un œil à ce qui restait de l’arbre, et je me suis dit que ce n’était même plus la peine d’espérer quoi que ce soit.

Mais la plante n’est pas morte. Les yeux se sont à nouveau répandus, davantage sur les troncs cette fois-ci. Puis les feuilles sont sorties. Timides au début, avant d’exploser dans une profusion verte intense. Puis les rameaux se sont étirés, innombrables. Tout au long du printemps et de l’été, le laurier a repris.

Six mois plus tard, c’est un buisson vigoureux dont le feuillage neuf cacherait presque les marques de sa mutilation. Olivier s’est planté, je me suis planté. Le machin avait des réserves d’énergie que je ne soupçonnais pas, ou plutôt que je ne voulais pas soupçonner. Simon avait raison. Il avait confiance en lui et dans les ressources de l’arbre. Il savait qu’on n’abat pas un laurier comme ça.

 

À la fin de cette histoire, c’est moi qui ai l’air con.

Con, mais vivant, comme le laurier.

 

Depuis, j’ai pardonné à Simon en même temps que je me suis pardonné d’avoir autant douté, de moi comme du reste.

Par contre, je ne lui pardonne pas ses infâmes bruits de bouche la nuit dans le dortoir de la formation. C’est insupportable.

Allez, salut maintenant.

Le laurier, pris en photo hier par Simon (Un autre Simon). 

 

(la photo de couverture de l’article a été prise par Bertrand Fourgs)

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Petit billet de joie

Parce que c’est bien aussi de partager de la joie : ce matin, je suis au fond de mon lit avec la crève, mais je me sens bien.

Hier j’ai recommencé à écrire de la fiction, pour la première fois depuis mon burnout, dont je célébrerai l’anniversaire dans deux semaines.

J’ai parcouru un sacré chemin en un an. Je ne suis plus tout à fait le même homme, et ce n’est que le début. Je me sens reconnaissant envers la vie d’avoir pu écrire hier. C’est un beau cadeau. Et d’avoir réappris à rire à gorge déployée ces derniers jours. Mon dieu quelle joie ! Quelle joie. Merci. Et je sens que pendant tout ce temps, tout cela était déjà là. Au fond de moi, j’ai toujours été ce garçon espiègle, malicieux et vif, sans méchanceté. Mon humour est simplement revenu en lâchant prise, et je vais continuer à cultiver ce mécanisme puissant. J’aimerais formuler plein de réserves pour expliquer à quel point ce n’est pas facile, à quel point je suis imparfait, à quel point j’en ai chié et à quel point j’en chierai. J’aimerais formuler plein d’objectifs, de choses à faire à partir de ce nouveau palier de résilience. J’aimerais aussi raconter l’histoire de cette année sur le blog (et ça va venir).

Mais je sens qu’en cet instant, il est simplement temps de me poser, et d’accepter ce qui est présent, comme un immense cadeau.

Je vous souhaite à tous une excellente journée. 🙂