Allons-y gaiement

“Le pessimiste se plaint du vent, l’optimiste espère qu’il va changer, le réaliste ajuste ses voiles.”

Puisse la sagesse de William Arthur Ward nous inspirer.

Elle s’appelle Lola, je m’appelle Grégor. Nous avons 27 ans, nous sommes jeunes et beaux. Nous sommes en transition, aussi. Je ne sais pas encore avec exactitude ce que ce blog contiendra. Je sais en revanche ce qu’il ne sera pas.

Ce blog ne servira pas à prophétiser l’apocalypse environnementale et sociétale. Il y a déjà de quoi nourrir cette peur en surabondance dans les livres, les films, et les articles disponibles un peu partout.

Il ne servira pas à ressasser les causes de la mort prochaine de nos systèmes politiques, sociaux, économiques, écologiques, tels que nous les avons connus au 20ème et au début du 21ème siècle. Il y a déjà de quoi nourrir cette réflexion en surabondance dans les livres, les films, et les articles disponibles un peu partout.

Il ne servira pas à proposer ou relayer des solutions miracles pour balayer le réchauffement climatique ou le pic pétrolier. Il y a déjà de quoi nourrir ces illusions en surabondance dans les livres, les films, et les articles disponibles un peu partout.

Comme le dit Rob Hopkins en première partie de l’excellent Demain (qu’il est encore temps d’aller voir au cinéma), l’Humanité est très douée pour raconter l’histoire de sa mort, mais assez peu pour raconter comment elle a réussi à surmonter les défis dans lesquels nous entrons aujourd’hui. C’est pour raconter une de ces histoires plus intéressantes que nous commençons à tenir ce blog.

Le changement me fait peur. Il m’effraie autant qu’il me paraît inévitable et souhaitable. Pourtant, depuis mon enfance, j’ai senti puis vu venir avec plus de discernement le bouleversement mondial actuel, qui s’articule autour de l’épuisement des ressources, du pic pétrolier, du réchauffement, de l’argent-dette, des guerres par procuration et des animosités migratoires. Mais voilà, jusqu’à aujourd’hui, si j’ai été relativement doué pour sentir, voir et comprendre, je l’ai moins été pour agir. J’ai mon lot de casseroles au pied, comme tout le monde. En bon INFP, je me prends la réalité comme une porte dans la gueule tous les jours. Lola, ma douce Lola, n’échappe pas à ses propres inerties et barrières.

Elle et moi formons un couple plein d’espoirs autant que de désespoirs, de rêves et de cauchemars, en équilibre chacun de notre côté sur une lame de rasoir particulièrement inconfortable : celle de l’hésitation. Ce tiraillement entre l’appel de la raison, de l’instinct, de l’intelligence, et celui de l’ancien monde. Cet ancien monde qui nous raconte qu’au delà de ses frontières il n’y a rien. Qui nous raconte qu’au delà des élections il n’y a pas de démocratie. Qu’au delà de l’argent-dette et des marchés financiers, il n’y a pas d’économie. Qu’au delà de l’agriculture intensive il n’y a rien à manger. Qu’au delà de la croissance il n’y a qu’une régression vers les grottes de la préhistoire. Qu’au delà du pétrole, il y a encore plus de pétrole. Qu’au delà de ce qu’il a à nous offrir, il n’y a que le néant et les ténèbres.

Cette histoire que l’ancien monde nous raconte depuis notre naissance, cela fait un moment qu’on n’y croit plus, comme des millions de personnes, rien que dans ce pays. Et pourtant, le saut dans cet inconnu qui nous appelle pour mieux contempler et respecter la nature, mieux manger, mieux vivre ensemble, mieux vivre tout court, ce passage à l’acte, n’est pas forcément aisé. Il ne l’est pas pour nous deux en tout cas.

Je suis monteur, réalisateur, écrivain. Lola est productrice et dessinatrice. Par nos professions et nos passions, nous nous sommes éloignés de cette réalité connectée à la terre que nous voulons aujourd’hui cultiver.

On ne va pas se renier. Seulement, le monde que nous voulons vivre pour nous-mêmes et léguer un jour, ne peut se nourrir exclusivement d’encre de chine et de lignes de texte sur un ordinateur.

Malgré nos contacts réguliers avec la nature, nos périples en France ou à travers le Monde, nous sommes tous les deux parisiens endurcis. C’est dur de construire une maison dans Paris. Dur de cultiver un vrai potager. Dur de connaître tous ses voisins. Dur d’être proche de ce qu’on mange. Dur de respirer un air pur. Dur de voir des animaux. Dur de s’allonger dans l’herbe. Dur de quitter cette ville, ce vortex d’énergie qui agit comme un trou noir, quand on n’a connu qu’elle pendant l’écrasante majorité de notre existence. Dur de partir sans compétences qui puissent assurer un revenu ailleurs (monteur et productrice, métiers parigo-centrés, quant à dessinatrice et écrivain, on ne va pas vous faire un dessin ni un poème).

C’est ce qui me motive dans l’ouverture de ce blog aujourd’hui. Je ne sais pas comment on va faire avec Lola pour réaliser nos rêves d’une vie plus saine, plus résiliente, si lointaine de ce qu’on a connu jusqu’à présent. Ce qui veut dire, qu’à travers ce voyage dans lequel nous nous engageons, si nous trouvons la force de changer, de faire cette transition, alors n’importe qui peut le faire. Et si à travers le témoignage de nos errances, de nos erreurs et de nos réussites, on peut apporter une modeste contribution au mouvement de la transition, alors ce blog aura rempli son office.

J’ai été en alternance pessimiste et optimiste au cours de ma vie. Deux approches différentes pour une passivité égale. Aujourd’hui, je veux être ce réaliste dont parle William Arthur Ward, et ajuster mes voiles pour vivre avec mon temps et aider un nouveau monde à éclore.

Aujourd’hui, je pousse l’homme que je suis à faire ce qu’il y a de plus ardu pour un idéaliste : lever son cul de sa chaise, et plonger ses mains dans la terre.

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